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Le marché a retrouvé sa taille. Pas son insouciance.
Le voyage d’affaires français n’est plus en convalescence. Avec 31,6 milliards d’euros de dépenses attendues en 2026, soit +2,3 %, il évolue désormais à un niveau record malgré une accumulation de contraintes qui aurait autrefois suffi à casser la dynamique : tensions géopolitiques, pétrole plus cher, inflation et impératif de décarbonation. Selon EPSA, le Brent, qui valait 65 dollars en janvier, atteignait ainsi 102 dollars en septembre.
La résistance du marché ne signifie pourtant pas que les entreprises voyagent davantage. C’est même tout l’enjeu de la projection 2027 : EPSA anticipe 32,7 milliards d’euros de dépenses, soit +3,5 %, mais une demande en légère contraction de 0,2 %. La croissance du business travel devient donc essentiellement une croissance en valeur.
Cette distinction est fondamentale pour l’ensemble de la chaîne MICE et Travel. Après plusieurs années dominées par la question du retour des déplacements professionnels, une nouvelle phase commence : celle de leur rendement économique.
L’aérien concentre le risque inflationniste
Le transport aérien constitue le point de tension le plus visible. Au premier semestre 2026, les prix moyens relevés par EPSA augmentent déjà de 2,6 % sur le domestique, de 1,9 % sur le moyen-courrier et de 4,8 % sur le long-courrier, alors que le trafic français recule légèrement, de 0,8 %.
Le phénomène pourrait s’accentuer. Les stratégies de couverture carburant des compagnies ont jusqu’ici retardé une partie de la transmission du choc pétrolier aux entreprises. EPSA envisage ainsi pour 2027 une inflation aérienne comprise entre 4,2 % et 4,5 %. Le rail resterait sensiblement plus modéré, entre +1,4 % et +1,7 %, dans un marché français qui s’ouvre progressivement à davantage de concurrence.
Cette divergence pourrait peser directement sur les politiques Travel, mais également sur les arbitrages MICE. Choix des destinations, accessibilité ferroviaire, durée des événements, regroupement de rendez-vous et anticipation des réservations vont devenir des variables économiques de premier ordre.
L’hôtel révèle un marché devenu hypersensible
L’hôtellerie apporte une autre leçon. Le prix corporate national reste stable en 2026, à 130,78 euros, mais cette moyenne masque des variations considérables : -6 % à Lyon pour les tarifs corporate, tandis qu’à Genève ils progressent de 25 %. À Londres, phénomène plus singulier encore, les prix publics reculent de 3,9 % quand les tarifs corporate augmentent de 14 %.
Ces écarts montrent combien la notion de « prix moyen » devient insuffisante pour piloter une politique de déplacements. Avec seulement 17 jours d’anticipation moyenne pour les réservations hôtelières du panel EPSA, le timing devient lui-même un poste d’optimisation.
Pour les Travel Managers comme pour les acheteurs MICE, la performance ne consistera donc plus uniquement à négocier un tarif annuel. Elle reposera davantage sur la donnée, l’anticipation, le sourcing dynamique et la capacité à arbitrer entre plusieurs scénarios de déplacement.
De la gestion du voyage à la gestion de sa valeur
C’est probablement la mutation la plus importante révélée par ce baromètre. Dans un marché où les budgets augmentent sans augmentation des volumes, chaque déplacement devra davantage justifier sa valeur. La question ne sera plus seulement : combien coûte ce voyage ? Mais : pourquoi ce déplacement, à ce moment, vers cette destination et avec quel retour attendu ?
Cette évolution rapproche encore le Travel du MICE. Un rendez-vous commercial, un séminaire, une convention ou un déplacement individuel entrent progressivement dans une même logique de pilotage : coût total, empreinte carbone, temps mobilisé, efficacité business et expérience collaborateur.
Le record de 32,7 milliards attendu en 2027 ne raconte donc pas simplement la bonne santé du voyage d’affaires français. Il annonce un marché plus cher, plus complexe et probablement plus technologique, dans lequel la création de valeur se déplacera vers ceux capables de transformer la donnée en décision.
2027 : les chiffres à retenir
Les dépenses françaises de voyage d’affaires sont attendues à 32,7 Md€, en progression de 3,5 %, tandis que la demande reculerait légèrement de 0,2 %. EPSA prévoit une inflation de 4,2 à 4,5 % dans l’aérien, de 1,4 à 1,7 % dans le ferroviaire et de 1,7 à 1,9 % dans l’hôtellerie. Le message pour les entreprises est clair : en 2027, maintenir le même niveau de mobilité professionnelle devrait coûter davantage.
Source : 16e Baromètre du voyage d’affaires EPSA. Panel de 74 clients, données janvier-juin 2026 comparées à janvier-juin 2025. Données hôtelières réalisées en partenariat avec CDS.
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