Un rôle qui rend toujours visible
Dans de nombreuses organisations, l’assistant(e) est attendu(e) comme une personne fiable, réactive, disponible et capable d’anticiper. Cette attente s’explique par la nature même du poste : organiser, prioriser, relayer, coordonner, faire circuler l’information et éviter les ruptures dans le fonctionnement collectif.
Le problème, c’est que cette centralité professionnelle peut déborder sur la sphère personnelle. Quand tout passe par vous, il devient difficile de ne pas sentir une forme de responsabilité permanente, y compris hors des horaires de travail.
La disponibilité comme norme implicite
L’un des risques majeurs pour les assistant(e)s et office managers est l’installation d’une norme implicite de connexion continue. L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) évoque, parmi les effets de l’hyperconnexion, le sentiment d’urgence, la surcharge d’information et le débordement du travail dans la sphère personnelle.
Cette pression ne vient pas seulement des outils numériques, mais aussi des usages qui les accompagnent : messages instantanés, mails en copie, demandes dispersées sur plusieurs canaux, injonction à répondre vite. À force, la frontière entre présence professionnelle et disponibilité totale devient poreuse.
Charge mentale et fatigue informationnelle
Le sujet dépasse donc le simple droit à la déconnexion. Il renvoie aussi à la charge de travail, telle que l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) la décrit comme un ensemble de dimensions qui combinent charge cognitive, physique et émotionnelle, difficilement séparable dans l’activité réelle.
Dans le métier, cette charge est renforcée par la multiplication des sollicitations et par l’obligation de garder une vision d’ensemble. L’INRS rappelle que certains salariés font face à une inflation de la charge informationnelle, avec un risque d’infobésité et de sensation de ne jamais pouvoir s’arrêter.
Dire non sans casser la fluidité
Poser des limites ne veut pas dire devenir moins aidant(e). Cela suppose plutôt de clarifier les règles du jeu : quels sujets sont urgents, quels canaux servent à quoi, quels délais de réponse sont attendus, et à partir de quand une demande peut attendre le lendemain. Cette clarification est d’autant plus utile que le droit à la déconnexion existe en France depuis 2017 et concerne la régulation de l’usage des outils numériques hors temps de travail.
Pour les entreprises de plus de 50 salariés, le Code du travail prévoit une négociation annuelle sur la qualité de vie et les conditions de travail intégrant ce sujet. Autrement dit, la déconnexion n’est pas seulement une question individuelle de « bonne volonté », elle doit aussi être pensée collectivement.
Un enjeu très concret pour les employeurs
Pour un(e) assistant(e) ou office manager, l’enjeu n’est pas de couper toute communication, mais d’éviter que la réactivité devienne une obligation permanente. Les organisations peuvent y parvenir en limitant les canaux non essentiels, en réduisant les envois hors horaires, en précisant les relais en cas d’absence et en distinguant ce qui relève d’une urgence réelle de ce qui relève d’une simple impatience.
L’Anact recommande d’agir sur la charge de travail avec une approche globale, en suivant et en ajustant l’activité réelle au lieu de traiter uniquement les symptômes. Cette logique est particulièrement pertinente pour les fonctions de coordination, où l’on demande souvent à une seule personne d’absorber les imprévus du collectif.
Quand l’hyperdisponibilité devient un coût
Rester « toujours joignable » peut finir par coûter cher : fatigue émotionnelle, concentration fragilisée, sensation d’être en alerte constante, voire épuisement professionnel. La littérature professionnelle sur les métiers d’office management souligne d’ailleurs que la pression émotionnelle et l’absorption des urgences participent à ce risque.
Pour beaucoup d’assistant(e)s, le plus difficile n’est pas de travailler beaucoup, mais de ne jamais savoir quand le travail s’arrête vraiment. Dans ce contexte, protéger sa vie perso n’est pas un caprice : c’est une condition de durabilité du métier.
Des repères utiles au quotidien
Quelques repères peuvent aider sans rigidifier l’organisation :
- Définir des plages de disponibilité explicites.
- Utiliser un canal unique pour les urgences.
- Distinguer clairement les demandes « à traiter aujourd’hui » des demandes « à suivre ».
- Prévoir des relais pour les absences, congés et fins de journée.
- Faire valider par le manager ce qui peut attendre le lendemain.
Ce type de cadre soulage autant la personne qui porte la coordination que les équipes qui la sollicitent. Il réduit l’ambiguïté, donc aussi la culpabilité de ne pas répondre immédiatement.
Le vrai enjeu n’est pas d’opposer disponibilité et limites, mais de trouver une posture professionnelle tenable. Être au centre ne veut pas dire être accessible en continu. Un(e) assistant(e) efficace n’est pas celui ou celle qui répond à tout instant, mais celui ou celle qui sécurise le fonctionnement de l’ensemble sans s’y dissoudre.
Laura FALCES










