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Un secteur discret… mais stratégique
Quand les flammes gagnent des milliers d’hectares de forêt, les regards se tournent naturellement vers les habitants évacués, les pompiers mobilisés et les dégâts environnementaux. Pourtant, une autre économie observe la situation avec inquiétude : celle du tourisme d’affaires.
Congrès, conventions, séminaires, voyages de récompense ou lancements de produits représentent un poids considérable en Nouvelle-Aquitaine. En 2025, la région a accueilli près de 2 millions de congressistes, générant 1,24 milliard d’euros de dépenses. Plus révélateur encore : un visiteur d’affaires dépense en moyenne quatre fois plus qu’un touriste de loisirs. Une manne économique que les territoires cherchent à préserver.
À Bordeaux, locomotive régionale du MICE, le tourisme d’affaires a généré 238 millions d’euros de retombées économiques en 2025 grâce à plus de 3 100 événements professionnels.
Autant dire que chaque annulation de congrès ou de séminaire dépasse largement la seule perte d’une nuit d’hôtel. Ce sont aussi des restaurants, des traiteurs, des sociétés de transport, des agences événementielles et de nombreux prestataires locaux qui sont concernés.
L’effet d’image, premier risque économique
À ce stade, aucun bilan officiel ne fait état d’une vague d’annulations d’événements professionnels liée aux incendies. Mais les professionnels le savent : le premier impact est souvent psychologique.
Lorsqu’une destination occupe les journaux télévisés pendant plusieurs jours pour des incendies, une confusion peut rapidement s’installer. Pour un organisateur basé à Paris, Bruxelles ou Londres, la distinction entre une forêt en feu et une métropole qui continue de fonctionner normalement n’est pas toujours évidente.
Un domaine de séminaire situé à cent kilomètres d’un foyer peut ainsi recevoir des appels de clients qui s’interrogent : les accès sont-ils maintenus ? Les participants pourront-ils voyager ? L’air est-il respirable ? Les activités prévues sont-elles toujours possibles ? Le risque perçu précède souvent le risque réel.
Le climat entre dans les appels d’offres
Pendant longtemps, les entreprises choisissaient leurs destinations selon quatre critères : l’accessibilité, la capacité hôtelière, les infrastructures et le budget. Un cinquième critère émerge progressivement : la capacité d’un territoire à faire face à une crise. Sans toujours employer le mot, les acheteurs recherchent désormais de la résilience.
Le lieu dispose-t-il d’un plan de continuité d’activité ? Existe-t-il des solutions de repli ? Comment les participants seront-ils informés en cas de perturbation ? Les transports offrent-ils des alternatives ? Ces questions, autrefois exceptionnelles, deviennent plus fréquentes à mesure que les épisodes climatiques extrêmes se multiplient.
Après la pandémie, le défi climatique
Le secteur MICE n’en est pas à sa première adaptation. La crise sanitaire avait profondément transformé l’organisation des événements. Protocoles renforcés, clauses de flexibilité, formats hybrides et plans B étaient devenus la norme en quelques mois.
Les incendies, les canicules ou les inondations pourraient provoquer une évolution comparable. Le défi n’est plus seulement de séduire les organisateurs avec un cadre d’exception ou une offre hôtelière de qualité. Il consiste aussi à démontrer qu’un événement pourra être maintenu, ou rapidement réorganisé, en cas d’aléa. La résilience devient progressivement un argument commercial.
Informer pour rassurer
Cette évolution modifie également le rôle des destinations. Les offices de tourisme, les Convention Bureaux et les agences d’attractivité ne peuvent plus se limiter à promouvoir un territoire. Ils doivent désormais produire une information fiable, actualisée et facilement accessible.
État des routes, fonctionnement des gares et des aéroports, qualité de l’air, maintien des activités, dispositifs de sécurité : ces informations deviennent essentielles pour les organisateurs. Dans un contexte de circulation instantanée des informations, parfois des rumeurs, la transparence est un facteur de confiance.
Quand l’IA devient un assistant de gestion des risques
Cette nouvelle exigence pourrait être amplifiée par l’intelligence artificielle. Les assistants conversationnels sont déjà capables de croiser des données météorologiques, des alertes officielles, l’état des transports ou les disponibilités hôtelières.
Demain, un organisateur pourrait simplement demander : « Quelle destination de Nouvelle-Aquitaine présente aujourd’hui le meilleur niveau de sécurité pour accueillir un séminaire de 200 personnes ? » L’algorithme ne répondra plus seulement en fonction du prix ou de la qualité des infrastructures. Il intégrera aussi des critères de contexte, de mobilité et de risque. Pour les destinations, cela signifie qu’une bonne réputation ne suffira plus. Il faudra démontrer, en temps réel, sa capacité à accueillir.
La résilience, nouvel avantage concurrentiel
Les incendies de Gironde et des Landes rappellent que le changement climatique ne constitue plus une menace abstraite. Il devient un paramètre concret de l’économie touristique. Les territoires ne seront pas jugés sur leur capacité à éviter les crises, aucune destination n’en a le pouvoir, mais sur leur manière de les anticiper, de les gérer et de communiquer.
Pour le tourisme d’affaires, l’attractivité d’un territoire ne se résumera peut-être bientôt plus à la beauté d’un paysage, à la qualité d’un palais des congrès ou à l’excellence d’une table. Elle reposera aussi sur une qualité devenue stratégique : la confiance.
Les chiffres clés
- 3 164 événements professionnels accueillis à Bordeaux en 2025.
- 626 636 journées-congrès enregistrées en 2025.
- 238,1 M€ de retombées économiques générées par le tourisme d’affaires à Bordeaux en 2025.
- Les visiteurs d’affaires présentent un niveau de dépense nettement supérieur à celui des touristes de loisirs, entre 3 et 5 fois plus selon les études d’Atout France et des bureaux des congrès.
- 44 % des participants aux événements sont des visiteurs nationaux et 18 % internationaux, témoignant du rayonnement de la destination.
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