L’émotion comme marque de fabrique
Le « manager drama queen » n’est pas rare dans les entreprises modernes. Ce profil, souvent porté par une forte personnalité, vit les événements avec intensité. Le problème n’est pas la compétence : ces managers sont souvent performants, visionnaires, capables d’embarquer une équipe entière. Mais quand la charge mentale augmente, leur surinvestissement émotionnel prend le dessus. Tout incident, un retard, une erreur ou même un mail mal formulé, peut prendre des airs de catastrophe.
Pour l’assistant(e), interface entre ce manager et le reste de l’équipe, la mission devient délicate : absorber, canaliser, recadrer sans froisser. C’est un exercice d’équilibre et il faut être à la fois le pare-chocs et le stabilisateur.
Rester factuel, toujours
Face à une montée d’émotion, la réaction instinctive serait de se défendre ou de surenchérir. Mauvais réflexe. L’efficacité se trouve du côté de l’écoute active et de la reformulation. En miroir, mais sans complaisance.
« Je comprends que la situation te mette sous pression, voyons ensemble comment on peut rectifier vite » peut suffire à désamorcer la tension. Ce ton ferme, mais apaisant, pose un cadre clair tout en validant le ressenti du manager. Il ramène le dialogue sur le terrain des faits, loin des jugements ou des cris du cœur.
Prendre de la hauteur… parfois littéralement
La situation s’envenime ? Proposez un souffle, un pas de côté. « On peut reprendre cette discussion dans dix minutes, le temps de rassembler les dernières infos ? » : cette phrase simple crée une bulle de décompression. En différant la confrontation, on donne au manager (et à soi-même) le temps de redescendre émotionnellement.
Certains assistants pratiquent même une stratégie discrète, mais efficace : le changement de décor. Un café à la machine, un déplacement dans une autre pièce, une réunion impromptue sur un ton plus calme… Tout ce qui permet de casser le rythme dramatique du moment et de rétablir le dialogue rationnel.
L’arme subtile de l’humour
Face à un gestionnaire du grand frisson, l’humour devient un outil de grande précision. Pas la moquerie, bien sûr, mais la légèreté complice : celle qui permet de souffler sans ridiculiser.
Lorsqu’un bug informatique survient à la veille d’une présentation capitale, l’assistant(e) qui lâche un petit : « Bon, on dira que c’est la version suspense du PowerPoint ! » déclenche souvent un sourire et relâche instantanément la tension.
Ce décalage bienveillant rétablit une hiérarchie émotionnelle : si l’assistant(e) garde son calme, c’est que tout n’est pas perdu.
Préserver sa propre sérénité
Car gérer un supérieur éruptif ne s’improvise pas. L’exposition répétée aux sautes d’humeur peut être psychologiquement épuisante. D’où la nécessité, pour l’assistant(e), de se ménager. Respirer, sortir, échanger avec des pairs : autant de gestes simples qui évitent l’épuisement émotionnel.
Il faut aussi savoir poser des limites, poliment, mais fermement : rappeler les priorités, recentrer sur l’organisation, et ne pas porter seules les tensions d’autrui. L’équilibre vient du discernement : distinguer ce qui relève du professionnel de ce qui appartient au registre personnel.
L’art discret du désamorçage
Le bon réflexe ? Comprendre que le manager « drama queen » ne cherche pas forcément à nuire, mais à être entendu. Accorder ce temps d’écoute, avec distance et humour, devient un levier de stabilité. Avec un peu d’expérience, l’assistant(e) finit par identifier les signaux avant-coureurs de la crise : une respiration plus courte, un ton nerveux, des gestes saccadés. C’est souvent à ce moment-là qu’une phrase diplomatique ou une diversion bien placée peut éviter le pic de tension.
Il existe mille manières de calmer un manager en pleine pièce dramatique. Aucune recette miracle, mais un cocktail subtil : empathie, tact, humour et constance. Être le pilier calme au cœur de la tempête, voilà sans doute l’une des compétences les plus précieuses du métier. Et quand, malgré tout, la scène tourne à la tragédie… mieux vaut se souvenir que même les plus grandes drama queens finissent toujours par tirer le rideau.
Laura FALCES









