Quand le scroll grignote le cerveau
Les contenus courts et rapides (réseaux sociaux, stories, fils d’actus) diminuent la capacité d’attention soutenue, indispensable pour traiter des dossiers complexes, rédiger ou suivre une réunion. Le cerveau s’habitue à des stimuli incessants et développe une attention surtout réactive, toujours prêt à répondre à la prochaine alerte plutôt qu’à rester focalisée.
Le scroll infini est conçu pour ne jamais s’arrêter : pas de fin de page, pas de pause naturelle, ce qui brouille les repères et allonge, d’après passeportsanté, de 30 à 50 % le temps passé sur les applications concernées. Cette consommation passive augmente le stress, l’irritabilité et la difficulté à se reconcentrer ensuite sur une tâche de fond.
Infobésité au bureau : quand tout devient urgent
Au travail, l’« infobésité » correspond à l’accumulation de mails, messages instantanés, alertes et documents, issue d’une digitalisation mal maîtrisée. Résultat : surcharge mentale, désorganisation, sentiment de courir en permanence après l’information… et de n’avoir jamais de temps de cerveau disponible pour les priorités.
Les assistant(e)s sont particulièrement exposés(e)s, car leur poste concentre les messages des dirigeants, demandes d’équipes, outils collaboratifs et messageries multiples. Près de la moitié des salariés français déclarent que le nombre de sources d’informations consultées chaque jour a augmenté ces dernières années, ce qui alimente la fatigue numérique et l’hyperconnexion.
Assistante : quand commenter épuise autant que scroller
Dans beaucoup d’équipes, l’assistant(e) devient le « hub » de réaction : répondre vite aux chats, liker ou valider une info, signaler un bug, remonter une demande. Ce rôle de commentateur/trice permanent(e) des flux numériques : mails, Teams, WhatsApp, intranet, crée une attention fragmentée, faite de microtâches qui empêchent d’entrer en concentration profonde.
À la longue, cette dispersion se traduit par une baisse de productivité perçue, une fatigue plus intense en fin de journée et parfois un sentiment d’« inutilité » : beaucoup d’énergie dépensée à gérer des notifications, peu de satisfaction liée à des tâches vraiment occupées. Le risque est aussi relationnel : une réponse instantanée devient la norme implicite, alors que le cerveau a besoin de plages de silence pour fonctionner de manière efficace.
Stratégies concrètes pour reprendre le contrôle
Reprendre la main ne passe pas par la culpabilité, mais par une hygiène d’attention assumée, que l’assistant(e) peut poser comme un cadre professionnel.
- Définir 2 ou 3 « sas sans notifications » par jour. Mettre le statut en « occupé » sur les outils collaboratifs, activer le mode Ne pas déranger et couper toutes les alertes visuelles et sonores sur des créneaux réservés aux tâches de fond (rédaction, tableaux, préparation de réunions). Expliquez clairement ces plages au manager renforcent la légitimité de cette pratique, surtout si elles sont alignées avec les moments de plus forte concentration.
- Regrouper le traitement des messages. Traiter les mails et chats par lots (par exemple 3 fois par jour) plutôt qu’en flux continu réduisant les interruptions et la fatigue cognitive. Certaines études et guides de productivité recommandent de limiter les notifications pendant les périodes de travail ciblées, puis de vérifier les messages dans des fenêtres dédiées.
- Paramétrer finement les outils. Limiter les notifications aux canaux essentiels (gestionnaire, direction, projets critiques) et désactiver les alertes pour les conversations de pure information. De nombreuses plateformes collaboratives permettent de s’abonner uniquement aux contenus jugés pertinents, afin de filtrer le bruit informationnel.
- Poser des règles d’équipe sur la réactivité. Établir avec le ou les dirigeants un « SLA » interne : délais de réponse attendus selon les canaux (immédiat pour les appels urgents, dans la demi-journée pour les mails, sous 24 h pour certaines demandes). Cela évite que chaque notification soit perçue comme une urgence absolue, et protège l’attention sans nuire au service rendu.
Réapprécier sa concentration au quotidien
Au-delà des outils, reprendre le pouvoir sur son attention implique de rééduquer son cerveau à l’« attention longue ».
- Réintroduire des moments sans écran. Faire une pause sans smartphone (cuisine, couloir, extérieur) permet de réduire la surcharge mentale créée par les flux d’images et d’informations. Cette respiration est essentielle pour que le cerveau consolide les informations et retrouve un niveau d’énergie stable.
- Choisir volontairement ses fenêtres de scroll. Plutôt que de scroller par réflexe entre deux tâches, prévoir des moments précis pour consulter les réseaux sociaux ou les actualités, en dehors des plages de haute concentration. Encadrer le temps (par exemple un minuteur) limite l’effet d’aspiration du scroll infini.
- Se fixer un « rituel de démarrage » de tâche importante. Fermer les onglets inutiles, ranger le bureau, lancer une minute de 25 à 45 minutes et prévenir son entourage qu’on est en phase de travail concentré pour améliorer la qualité d’attention. Des études sur les interruptions montrent que limiter les sollicitations extérieures pendant ces blocs de travail réduit le stress et améliore la performance.
En affirmant des règles claires de gestion des notifications et du défilement, l’assistant(e) protège non seulement sa concentration, mais aussi sa valeur stratégique auprès de la direction. La véritable modernité n’est plus d’être disponible en permanence, mais de savoir quand et pourquoi, offrir une attention pleine et entière.
Laura FALCES









