Un poste pensé pour absorber l’urgence
Dans beaucoup d’entreprises, l’assistant(e) de direction est le point d’entrée de la circulation de l’information, des rendez-vous et des imprévus. Le poste suppose déjà une forte capacitée d’anticipation et d’arbitrage, mais cette polyvalence peut glisser vers une disponibilité permanente dès lors que le binôme avec le dirigeant devient très fusionnel. Le risque, en été, est de transformer cette compétence en assignation tacite à la garde du poste.
En droit du travail, un salarié a droit à 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail effectif, soit 5 semaines par an. Le salarié n’a pas à être joignable en continu pendant ses congés, et le droit à la déconnexion vise précisément à protéger les temps de repos et de congé.
La mécanique de la culpabilité
La culpabilité de partir tient souvent à trois ressorts. D’abord, la peur de l’abandon : l’assistant(e) craint qu’une absence crée du désordre, voire expose le binôme à une panne organisationnelle. Ensuite, la sur-responsabilisation : à force d’être celui ou celle qui « sait tout », on finit par croire qu’on doit tout porter.
Enfin, il y a l’identité professionnelle fusionnée avec le couple dirigeant-assistant(e). Quand le fonctionnement repose depuis longtemps sur une confiance forte et des automatismes, prendre des vacances peut être vécu comme une rupture de loyauté, alors qu’il s’agit simplement d’un droit au repos. Or l’employeur a une obligation de sécurité et doit veiller à la charge de travail et à l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Pourquoi c’est aussi un sujet collectif
Ce mécanisme individuel révèle souvent une organisation trop dépendante d’une seule personne. Quand l’assistant(e) est le seul point de passage pour les urgences, les validations ou les informations clés, l’entreprise fabrique elle-même la culpabilité qu’elle lui fait ensuite porter.
La surcharge répétée de travail peut dégrader les conditions de travail et, dans certains cas, relever du risque psychosocial. Les textes et la jurisprudence rappellent que la charge de travail doit être raisonnable, suivie et réajustée lorsqu’elle devient excessive. En été, le sujet n’est donc pas seulement de « tenir » : il est aussi de sécuriser l’organisation pour que le repos ne dépende pas du sacrifice de l’un(e).
Trois décisions pour couper le cordon
- Fixer une règle de déconnexion avant de partir
Il faut poser noir sur blanc qui gère quoi pendant l’absence, ce qui relève d’une vraie urgence, et à partir de quand l’appel n’est pas justifié. Le droit à la déconnexion et le respect des temps de congé protègent le salarié : on ne devrait pas attendre d’un(e) assistant(e) qu’il ou elle reste en alerte par défaut.
- Préparer une passation qui tienne sans vous
L’objectif n’est pas de tout laisser « au feeling », mais de rendre l’absence prévisible : dossiers en cours, priorités, contacts utiles, calendrier des validations, messages types. Plus la passation est claire, moins la culpabilité a de prise, car le départ ne ressemble plus à une désertion mais à une organisation professionnelle.
- Refuser le retour anticipé par réflexe
Revenir plus tôt en août « au cas où » entretient l’idée que vous êtes indispensable à toute heure. Or vos congés ne sont pas un luxe ni une faveur, mais un droit ; l’assistant(e) n’a pas à payer de sa récupération personnelle l’absence de préparation collective. Si l’entreprise fonctionne seulement quand vous raccourcissez vos vacances, c’est le modèle qu’il faut corriger, pas votre absence.
Partir en vacances ne signifie pas lâcher son sérieux. Au contraire, savoir partir proprement, sans répondre aux sollicitations de dernière minute ni écourter systématiquement ses congés, est une marque de professionnalisme. Pour les assistant(e)s, c’est aussi une façon de rappeler que la fiabilité ne se mesure pas à l’épuisement, mais à la capacité de faire tourner le travail sans s’y dissoudre.
Laura FALCES










