Accueil > FICHES PRATIQUES > LES FICHES PRATIQUES > Langue / Projet Voltaire > Projet Voltaire : parlez avec style avec l'anaphore...

Projet Voltaire : parlez avec style avec l'anaphore...

Sandrine Campese, Responsable de la communauté en ligne du Projet Voltaire
|
Publié le 09/03/2017
Sans nous en rendre toujours compte, nous utilisons quotidiennement des procédés rhétoriques pour illustrer nos propos, leur donner plus de force ou, au contraire, les atténuer.

Et si nous passions en revue les principales figures de style de la langue française ? Découvrons celle dont les politiques raffolent : l'anaphore. 

 

➜ Qu'est-ce qu'une anaphore ? 

L'anaphore fait partie des figures de répétition : le même mot ou la même expression revient systématiquement au début de chaque phrase. 

L'anaphore la plus célèbre nous vient d'une pièce de Corneille, Horace, où "Rome" est répété au début de chaque vers :

"Rome, l'unique objet de mon ressentiment !

Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !

Rome qui t'a vu naître, et que ton coeur adore !

Rome enfin que je fais parce qu'elle t'honore !"

D'autres grands auteurs comme Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard, Paul Valéry, Guillaume Apollinaire, Paul Éluard, Louis Aragon, Raymond Queneau et Boris Vian ont usé du procédé dans leurs écrits. 

 

➜ À quoi sert-elle ? 

L'anaphore a plusieurs atouts. Sur le fond, elle permet de renforcer une affirmation. Sur la forme, elle rythme la phrase, provoque un effet musical et donne de l'énergie au discours

On comprend pourquoi elle est si souvent employée dans les tribunes et les discours politiques, et ce, quelle que soit l'époque. 

En 1898, Émile Zola publiait un article intitulé J'accuse, dans lequel la formule est répétée huit fois en début de phrase. En 1944, lors de la libération de Paris, le général de Gaulle clamait "Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !".

En 1963, c'est au tour de Martin Luther King de marquer les esprits en martelant "I have a dream"

Plus récemment, en 2012, un certain François Hollande est entré dans l'histoire avec l'anaphore "Moi président de la République...". Certes, nous n'avons pas tout(e)s vocation à faire de la politique, ni même à prononcer des discours, mais le procédé peut être utile dès que l'on veut imprimer un mot ou une idée dans l'esprit de son interlocuteur. Par exemple, celui d'un enfant désordonné : "Ta chambre est un vrai dépotoir, ta chambre on ne peut plus y mettre un orteil, ta chambre..."

 

➜ À ne pas confondre avec

  • L'allitération : 

C'est la répétition d'une ou plusieurs consonnes dans une suite de mots. La plus célèbre allitération nous vient du théâtre : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?" s'interroge Oreste dans Andromaque de Racine (Acte V, scène 5). Ici, le choix d'une allitération en "s" n'est pas le fruit du hasard. Le redoublement de consonnes sifflantes vise clairement à reproduire le son du serpent. 

  • L'assonance : 

Lorsque ce ne sont pas des consonnes, mais une ou plusieurs voyelles qui sont répétées dans une même phrase, il s'agit d'une assonance. En poésie, l'assonance se retrouve dans les vers de Paul Verlaine "Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville, quelle est cette langueur qui pénètre mon coeur ?" (Romances sans paroles, 1874).

 


SUIVEZ-NOUS !
LinkedIn
Facebook
YouTube
Twitter
Instagram