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Projet Voltaire : parlez avec style avec... l'anacoluthe

Sandrine Campese - Responsable de la communauté en ligne du Projet Voltaire
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Publié le 25/10/2017
Sans nous en rendre compte, nous utilisons quotidiennement des procédés rhétoriques pour illustrer nos propos, leur donner plus de force ou, au contraire, les atténuer.

Et si nous passions en revue les principales figures de style de la langue française ? Aujourd'hui, créons du lien avec la championne de la rupture : l'anacoluthe ! 

 

➜ LE NEZ DE CLÉOPÂTRE

On appelle "anacoluthe" une rupture dans la construction d'une phrase. 

La plus célèbre se trouve dans Les Pensées de Blaise Pascal : "Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, la face du monde en eût été changée." Ici, la phrase commence par un groupe de mots (le nez de Cléopâtre) qui semble être sujet, mais qui perd cette fonction dans la suite de la phrase. 

Sans anacoluthe, cette affirmation donnerait : "Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, eût changé la face du monde." Mais serait-elle passée par la postérité ? Pas si sûr...

Grâce à l'anacoluthe, "le nez de Cléopâtre" et "la face du monde" deviennent sujets de la même phrase, ils sont mis sur le même plan, alors que, dans la construction classique, le premier est sujet et le second complément. 

Le philosophe sait qu'en tournant les choses ainsi, il frappera immédiatement l'esprit du lecteur. C'est bien cela, la fonction de l'anacoluthe : renforcer, mettre en valeur l'énoncé en créant un effet de surprise, de mouvement

 

➜ LES AILES DE L'ALBATROS

L'anacoluthe est surtout utilisée dans la poésie. La plus belle est contenue dans les deux derniers vers de "L'Albatros", magnifique poème de Baudelaire tiré des Fleurs du mal (1861) : 

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. 

Si la phrase était correctement construite, on devrait lire "Exilé sur le sol au milieu des huées, l'albatros a des ailes de géant...". En effet, le participe passé "exilé" accordé au masculin singulier, devrait se rapporter à l'albatros ! Mais c'est bien plus poétique ainsi : l'accent est volontairement mis sur les ailes, si massives qu'elles éclipsent l'albatros. Grâce à l'anacoluthe, la forme sert le fond ! 

 

➜ LE SAVIEZ-VOUS ? 

"Anacoluthe" est aussi un juron du Capitaine Haddock ! Dans différents albums des Aventures de Tintin, comme L'Affaire Tournesol, Le Crabe aux pinces d'or ou encore Coke en stock, il traite d'"anacoluthes" plusieurs personnages. 

Gare à l'anacoluthe involontaire ! 

 

N'est pas poète qui veut ! Non maîtrisée, l'anacoluthe devient une faute de syntaxe qui consiste à commencer une phrase d'une certaine manière et à la finir autrement. 

La plus courant clôt maladroitement nos correspondances : "En espérant avoir de vos nouvelles, veuillez agréer mes salutations distinguées". Il y a une rupture entre "en espérant" et "veuillez agréer". Le sujet sous-entendu de "en espérant" est l'auteur de la lettre. La construction correcte est donc : "En espérant avoir de vos nouvelles, je vous prie d'agréer..."


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