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Parlez avec style avec… l’anastrophe !

Publié le 19/04/2018
Sans nous en rendre toujours compte, nous utilisons quotidiennement des procédés rhétoriques pour illustrer nos propos, leur donner plus de force ou, au contraire, les atténuer. Et si nous passions en revue les principales figures de style de la langue française ? Ce mois-ci, vos phrases vont être sens dessus dessous…

➜ L'anastrophe, qu'est-ce que c'est ?

Le nom anastrophe vient d’un mot grec signifiant « retournement ». Cette figure de style consiste à inverser, dans une phrase, l’ordre habituel des mots. Le but ? Attirer l’attention sur une expression particulière. Si vous dites « Jamais ça ne marchera » (au lieu de « Ça ne marchera jamais »), vous employez une anastrophe qui insiste sur l’adverbe « jamais » afin de réduire à néant toute chance de réussite… Sans le savoir, vous utilisez des anastrophes au quotidien, comme « sans lien aucun » (au lieu de sans aucun lien), « pas même » (même pas), « plus encore » (encore plus), « qui plus est » (qui est plus), « excepté lui » (lui excepté), « me voici » (voici moi).

 

➜ "Belle marquise..."

L’anastrophe est fréquente en poésie, car elle permet de créer des rimes et de donner du rythme. Le théâtre aussi aime le procédé, souvent exagéré pour susciter le rire. En 1670, Molière l’utilise dans « Le Bourgeois gentilhomme ». Dans la scène 4 de l’acte II, il tourne dans tous les sens une déclaration désormais célèbre.

La voici : « On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : "Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour." Ou bien : "D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux." Ou bien : "Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir." Ou bien : "Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font." Ou bien : "Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour." »

Cet exercice, on peut s’amuser à le faire avec n’importe quelle phrase. Avec n’importe quelle phrase, on peut s’amuser à faire cet exercice. On peut s’amuser à faire cet exercice avec n’importe quelle phrase…

➜ "Ton père il est"

Mais l’anastrophe n’est pas réservée à la culture classique. On la rencontre également au cinéma. Ainsi, Maître Yoda, personnage emblématique de l’univers Star Wars, est connu pour ses phrases « désordonnées ». Par exemple, quand il dit à Luke Skywalker « Ton père il est », à propos de Dark Vador, il insiste volontairement sur le nom « père », car il sait que cette filiation est lourde de sens pour le jeune Jedi.

Autres anastrophes caractéristiques de Maître Yoda : « Le côté obscur de la Force redouter tu dois », « T’aider je puis », « Personne par la guerre ne devient grand », « Toujours en mouvement est l’avenir », « À vos intuitions vous fier il faut », « Beaucoup encore il te reste à apprendre », « Si tellement puissant vous êtes, pourquoi vous enfuir ? ». Ainsi (re)tournées, ses paroles gagnent en solennité et en sagesse jusqu’à devenir de véritables préceptes.

Toujours au cinéma, l’anastrophe apparaît dans les titres de films comme « Mon âme par toi guérie » de François Dupeyron (2013), « De battre mon coeur s’est arrêté » de Jacques Audiard (2005), mais aussi dans les classiques « La Belle au bois dormant » (ce qui donne, à l’endroit : La belle dormant au bois) et « Autant en emporte le vent » !


D’autres vous en avez ?

 

Sandrine Campese


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