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L'évolution du métier d'assistant(e) : un enjeu majeur dans l'avenir des entreprises

Elisabeth Duverney-Prêt
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Publié le 01/02/2017
François Granier, chercheur associé au Laboratoire interdisciplinaire de sociologie économique (LISE) consacre son temps à l'observation des métiers de l'assistanat au sein de la FFMAS.

Pour lui, l'évolution de cette fonction devient un enjeu majeur dans l'avenir des entreprises. Il nous éclaire, entre autres, sur les problématiques salariales rencontrées.

 

➜ L'absence de négociation salariale

Le métier d'assistant(e) a cela de particulier qu'il s'exerce dans l'ensemble des branches professionnelles. Une assistante du BTP et une autre du secteur bancaire ne relèveront donc pas de la même organisation syndicale. Il est impossible dans ce contexte que les assistantes puissent faire entendre leurs revendications d'une seule voix. 

On comprend donc pourquoi leur salaire n'a que très peu augmenté ces dernières années contrairement à l'ensemble des autres salariés car aucune négociation salariale ne peut être menée pour l'ensemble des assistantes.

Elles n'ont pas l'Histoire collective puisque leur métier est fondamentalement individualisé. C'est une tare. 

Il y a toutefois des secteurs où le sort des assistantes est pris à bras-le-corps. Par exemple dans les métiers de l'assurance où elles représentent 15 à 20% des emplois. Il y a dans cette branche une vraie réflexion sur la transformation de leur métier. C'est une démarche riche qui éclaire les personnes. Il serait bon que les autres branches suivent cet exemple. On ne peut pas continuer à fonctionner comme dans le modèle des années 90 !

 

➜ La transformation du métier

La question de la reconversion des assistantes en poste et de l'accompagnement de ces changements doit être au coeur de la réflexion des responsables des ressources humaines, notamment dans les grosses sociétés.

Il me semble impératif qu'ils fassent un état des lieux des fonctions occupées par les assistantes : ce qu'elles font aujourd'hui, vers où elles souhaitent aller, quelles activités sont à valoriser... Et les cadres doivent en même temps se demander ce qui leur manque. Cette réflexion doit être un travail de co-construction. Si cela n'est pas fait, les entreprises vont se priver d'un capital cognitif précieux et d'un réseau de relations que les assistantes sont les seules à avoir. 

Par ailleurs, sur quasiment une génération, le métier d'assistante est passé d'un emploi bilatéral (une assistante / un manager) à un poste multilatéral (une assistante / plusieurs managers)

Le métier a également changé dans son contenu car les assistantes font désormais face à des injonctions paradoxales : d'un côté, on leur demande de gérer les problèmes du quotidien et de l'autre, de participer à des grands projets. Elles ont du mal à trouver leur équilibre et ressentent un vrai malaise professionnel. Toute la problématique relève finalement d'un manque de priorisation.

 

➜ La valorisation de la profession

Les assistantes ne savent pas ce qu'elles valent. Dans toutes les entretiens personnels ou collectifs que j'ai pu mener ces dernières années, je l'ai bien ressenti. Elles n'arrivent pas à se mettre en avant et se privent d'arguments qui leur permettraient par exemple de négocier leurs salaires. 

Quand on regarde objectivement leur niveau de qualification - qui ne fait qu'augmenter - et leurs compétences professionnelles acquises avec l'expérience, on ne peut pas comprendre qu'elles aient une rémunération si faible.

 

➜ Une fonction d'avenir

Les entreprises ont aujourd'hui beaucoup de mal à recruter des jeunes car tout le monde pense que le métier va disparaître. Ce qui est totalement faux. 

Toutes les études qui mènent à penser que la profession se meure sont erronées. Elles se basent sur des échantillons trop restrictifs pour que les chiffres soient représentatifs. 

Imaginez, il y a près de 220 dénominations du métier d'assistante (assistant administratif, assistant de direction, secrétaire médical, assistant SAV, assistant financement...) et les études portent en général sur une quarantaine d'entre eux... Par ailleurs, quand on regarde les chiffres sortis par les différents bureaux d'études sur le nombre d'assistant(e)s en France, cela varie de 800 000 à 2 400 000 ! Ce n'est pas sérieux ! 

Malheureusement, cette guerre des chiffres est néfaste pour la popularité du métier. Une jeune fille qui dira à ses parents qu'elle veut devenir assistante se verra à coup sûr répondre qu'il n'y a pas d'avenir dans cette voie. Et c'est regrettable. 

Les recruteurs ont, de fait, beaucoup de difficultés à trouver des jeunes qualifiés pour les postes d'assistantes qu'ils ont à pourvoir. Pourtant, je peux vous assurer qu'avec un niveau 3 (BTS, DUT) ou une licence pro en poche, il n'y a aucun problème pour décrocher un emploi intéressant et épanouissant dans le domaine de l'assistanat ! 

 

➜ Ce que le numérique va changer

Posons d'abord une évidence : le métier d'assistante est un métier flou, vous l'aurez compris, car il englobe une multitude de fonctions. Et le numérique ne va pas arranger ça. Il va y avoir une coupure radicale entre celles qui vont passer à côté du numérique et celles qui vont y entrer.

Celles qui ne s'y mettront pas vont voir leur emploi diminué, externalisé ou déplacé. Inversement, une assistante qui prendra le virage du numérique va participer à la collecte des données, en faire une analyse, s'intéresser à ce qu'ils veulent dire et apporter une véritable valeur ajoutée à l'entreprise. 

Le Big Data et la gestion des données de masse sont l'avenir du métier. Mais compte tenu de la gamme d'activités que cela va ouvrir, il va rendre le métier encore plus flou.

 

➜ L'assistant(e), expert(e) de demain

Le rôle de l'assistante variera bien évidemment suivant la taille de l'entreprise. Pour celles de moins de 10 salariés, le conseil sera capital pour être à la hauteur des demandes des bénéficiaires. Le rôle que jouera ici l'assistante est primordial car cela demandera une capacité à se mettre en "front office".

La maîtrise de la communication tant orale qu'écrite s'avérera cruciale dans ce type de structure. 

La veille juridique est et sera toujours capitale pour l'entreprise de moins de 50 salariés. L'assistante a une carte à jouer car elle détiendra la responsabilité d'informer et de s'informer - notamment sur la réglementation - au même titre que le dirigeant ou les cadres.

Dans les entreprises de 50 à 100 salariés, l'écologie et les moyens généraux occuperont significativement les assistantes. Ces entreprises devront se mettre aux normes pour s'ouvrir aux différents marchés et devront donc manager la qualité...

Enfin, dans l'entreprise de plus de 100 salariés, le conseil technique et le rôle d'interface seront au même niveau de priorité.

 

➜ Les assistant(e)s comme sujet d'étude ? 

Cela peut paraître surprenant de prime abord mais quand y regarde de plus près, c'est un objectif sociologiquement impossible à éviter. Nous sommes confrontés à toutes les problématiques sociétales lors de l'étude du sujet : qualification numérique, évolution de la société, équilibre entre vie privée et vie professionnelle...

J'aime à dire que quand on tire une ficelle, toute la société vient avec. Ici, les assistantes sont comme une loupe qui permet de comprendre que même un changement minime bouscule les ordres établis. J'y consacre donc désormais tout mon temps et je dois dire que c'est un sujet extrêmement enrichissant pour un sociologue.


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