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Les métiers ont-ils un sexe ?

Elisabeth Duverney-Prêt
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Publié le 15/11/2017
Pourquoi les métiers de l'assistanat sont-ils si peu occupés par des hommes ? Les métiers auraient-ils un sexe ? Voilà la grande question posée par Françoise Vouillot en ouverture de son dernier livre. Pour elle, il est évident que oui, mais l'inverse n'est pas faux... Explications.

Françoise Vouillot n'est pas du genre à mâcher ses mots. Pourtant la présidence de la commission de lutte contre les stéréotypes sexistes au sein du Haut conseil à l'égalité (HCE) fait une réponse de Normand lorsqu'on lui demande si les métiers ont un sexe :

"Je dirais oui et non ! Dans les faits, si on regarde les statistiques, les métiers sont effectivement sexués : les hommes exercent majoritairement dans la production et l'ingénierie, les femmes dans l'éducation, la santé et le social. Seuls 12% des métiers sont mixtes et uniquement trois familles professionnelles le sont parfaitement : les métiers du droit, les cadres des services administratifs, comptables et financiers, et les médecins sont assimilés. Les autres secteurs professionnels sont tous sexués."

 

➜ 12% des métiers sont sexués

Face aux statistiques, Françoise Vouillot affirme néanmoins que les métiers ne devraient pas avoir de sexe : 

"Il n'y a pas de raisons valables qui imposent que des métiers soient uniquement exercés par des hommes, et d'autres uniquement par des femmes. C'est une question de mentalité. Mais il est difficile de les faire changer car cela remonte à la création des sociétés humaines ! Quand elles ont commencé à se sédentariser, diverses activités s'y sont développées suivant un partage sexué des tâches avec, à l'époque, la chasse et l'outillage pour les hommes, et l'éducation, la cueillette et le traitement du gibier pour les femmes !"

 

➜ Le choc des idées

Mais revenons à notre époque. Le métier d'assistant est encore aujourd'hui l'un de ceux où la mixité est la moins présente. La répartition des hommes et des femmes dans cette branche a pourtant beaucoup évolué depuis la Première Guerre mondiale. Auparavant, les assistants étaient quasi exclusivement des hommes. 

"Lorsqu'ils ont été mobilisés sur le front, les femmes ont été recrutées et ont su s'approprier les outils modernes tels que la machine à écrire. Par la suite, elles ont été formées comme sténographes et secrétaires, et elles y ont été cantonnées", poursuit Françoise Vouillot. 

Mais pourquoi les hommes n'y sont-ils pas revenus ? 

"Parce qu'encore aujourd'hui, un homme exerçant un métier de femme a souvent la crainte de ne plus être considéré comme un hétérosexuel ! Il encourt une triple disqualification, à la fois sociale, identitaire et morale... C'est une situation qui change petit à petit, mais cette idée reçue est encore tenace ! 
Par ailleurs, il faut noter que lorsque des femmes font leur entrée dans un métier d'hommes, les hommes ont tendance à voir cela d'un mauvaise oeil. En revanche, quant un homme exerce un métier traditionnellement féminin, les femmes considèrent cela comme valorisant. Tout cela nous amène à des situations très paradoxales !"

 

➜ Un problème d'éducation

Pour le HCE, il est donc indispensable de travailler sur les stéréotypes de sexe dès l'éducation des enfants afin de faire évoluer les mentalités

"Tout commence dès le plus jeune âge. Il faut permettre aux garçons et aux filles de se construire dans des formes identitaires qui ne soient pas sexuées. Les parents devraient apprendre à élever leurs enfants comme des êtres humains qui ont juste des particularité biologiques. 
Prenons l'exemple des garçons : l'intégration au groupe soi-disant dominant est violente pour eux. On les empêche de pleurer ou de se plaindre alors que cela va contre la condition humaine. Un être humain doit exprimer ses émotions, les partager. C'est essentiel.", souligne Françoise Vouillot.

"Essentiel pour les hommes comme pour les femmes afin que les opinions évoluent. Car plus de mixité nous mènera à plus d'égalité."

 

➜ un autre point de vue...

Les opposants à la "théorie du genre" : contrairement à Françoise Vouillot, certains dénoncent une idéologie qui nie la différence sexuelle entre hommes et femmes, et crée la confusion pour les enfants. Ils se sont notamment mobilisés contre les ABCD de l'égalité, un programme scolaire du précédent gouvernement qui visait à lutter contre les stéréotypes de sexe. 


Françoise Vouillot, Docteure en psychologie

Notre experte

Docteure en psychologie, Françoise Vouillot est enseignante-chercheuse à l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle (INETOP-Le CNAM).

Elle est également responsable du groupe de recherche et d'intervention Orientation-Genre, membre du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes et membre du conseil d'orientation du Laboratoire de l'Egalité.