L'art de faire parler

Publié le 23/03/2016
On ne vous dit jamais rien ? Personne ne se confie à vous et vous êtes toujours le dernier informé des décisions ou des nouvelles importantes ? Ce n'est pas une fatalité !

Si vous déplorez de vous sentir tenu à l'écart du circuit de l'information informelle, peut-être devriez-vous reconsidérer votre attitude. Pour inciter les autres à vous parler, après l'espionnage, le chantage, la menace ou la torture, il vous reste... l'écoute !

 

➜ Tirez profit des confidences

Certains semblent posséder le don naturel de "faire parler les autres". Sans le vouloir, ils sont toujours au courant de tout et reçoivent des informations sans les solliciter. Au-delà de l'aspect pratique de ces échanges (recueillir des renseignements auprès des collègues, chefs, partenaires, clients, fournisseurs...), ils en tirent bien d'autres avantages : à commencer par une meilleure compréhension de l'univers mental des autres, de leur logique et de leurs valeurs. Si l'idée de leur ressembler vous tente, découvrez les multiples bénéfices que vous pourriez en retirer :

 

➜ Recevoir les confidences de votre entourage

Receuillir des idées ou des propositions. Ou bien, glaner des explications et ainsi comprendre les états d'âme ou les réticences des uns ou des autres. Ces informations vous aideront à mieux connaître vos interlocuteurs en vous donnant la clé de leur comportement. Vous pourrez alors mieux communiquer avec eux, les motiver.

 

➜ Pallier l'absence "d'atomes crochus"

Voire une totale incompréhension. En effet, en prêtant attention aux opinions, aux propos tenus mais aussi aux non-dits, il vous sera possible de décoder et de traiter des réactions ou des attitudes inexpliquées. Vous réduirez ainsi blocages, erreurs à répétition, tensions, résistances, méfiances.

 

➜ Être prévenu de certaines décisions

Qu'elles soient collectives ou personnelles, cela vous permettra de les anticiper et de vous y préparer. Parfois même, les intégrer et les communiquer à votre tour aux personnes concernées pour multiplier leurs chances de réussite et motiver l'ensemble de l'équipe.

 

 

➜ Découvrez les règles du jeu

Quel que soit le motif ou les enjeux, il est impératif de développer les qualités de communication qui garantissent les conditions fondamentales de l'expression : être entendu et compris, se sentir respecté et en sécurité. L'art de faire parler les autres est avant tout l'art de les écouter et de les inciter à la parole. Mais pour entendre, il vous faut tout d'abord : 

 

➜ Savoir écouter vraiment, sans déformer ni interpréter

Pour vous entraîner, faites le test de la reformulation : vous devez être capable de tout redire, SANS AUCUN oubli, ni ajout, ni erreur, l'essentiel de ce que votre interlocuteur vous a dit (employez ses propres termes, autant que possible). Vous gagnerez ainsi en capacité d'écoute.

 

➜ Vous interdire d'exercer toute influence sur votre interlocuteur

C'est à dire, veiller à ne lui poser que des questions ouvertes pour lui faire préciser et compléter ses propos, mais proscrire tout ce qui altère ou dénature son message, comme la généralisation, les déductions ou les hypothèses.

 

➜ Témoigner votre extrême attention à votre interlocuteur

Soyez complètement synchronisé et centré sur lui, PAS sur vous-même. Cela signifie : ne rien ramener à vous, ne pas faire de comparaisons, ne pas exprimer votre propre opinion, ne pas lui couper la parole ou finir ses phrases, ni lui souffler ses mots.

 

➜ Être empathique

Ne pas juger votre interlocuteur, être attentif et respectueux de son opinion et de ses valeurs. Attention, il s'agit d'une attitude profonde et authentique. C'est toute votre personne qui devra témoigner : paroles et gestuelle. Le moindre haussement de sourcil, infime soupir, mouvement du menton, imperceptible moue dubitative ou esquisse d'un sourire ironique vous décrédibiliseraient totalement.

 

➜ Limiter vos interventions

Exprimez vos conseils seulement si l'on vous en fait la demande claire et adaptez-les aux possibilités et à la situation de votre interlocuteur. Commencez toujours par demander : "Que pourrais-tu faire ?", vous saurez mieux sur quelle longueur d'onde vous situer. 

 

Enfin, et surtout, il vous faudra vous montrer digne de la confiance que l'on vous témoigne. Ce qui sous entend que vous devrez faire la preuve d'une parfaite discrétion, sans rien divulguer ni colporter des déclarations, opinions ou confidences reçues.

 

 

➜ Passez à l'action !

Pour recueillir des confidences, mettez de côté vos a priori et vos opinions personnelles. Votre capacité d'attention doit être au service de la compréhension de votre interlocuteur, à travers toutes ses modalités d'expression. Gardez à l'esprit que c'est l'intensité et la concentration dont vous faites preuve qui comptent, plus que la durée de l'échange.

 

➜ Placez-vous dans une position d'écoute

D'emblée, manifestez sans équivoque votre disponibilité et votre volonté de discrétion : invitez votre interlocuteur à l'écart, dans un lieu calme, puis mettez-le à l'aise en lui proposant de s'asseoir, par exemple. Surtout, ne faites rien d'autre en même temps et consacrez toute votre attention à votre visiteur. Attention aux coups d'oeil à votre montre, aux tapotement distraits ou impatients sur un objet, aux brusques "coq à l'âne" ou au regard qui s'échappe par la fenêtre.

 

 

➜ Gardez vos sens en éveil

Pour indiquer à quelqu'un qu'il peut s'adresser à vous en toute confiance, adoptez une attitude disponible de large ouverture, bienveillante et neutre : "je t'écoute", "que se passe-t-il ?", et reformulez vos propos. Grâce à cet effet "miroir", vous lui prouvez votre qualité d'écoute, votre respect du sens de ce qu'il dit, et vous l'invitez à poursuivre sa confidence en toute confiance.

 

➜ Quels mots, quelles expressions choisir ? 

Pour vous placer sur la même longueur d'onde que votre interlocuteur et mieux vous faire comprendre, employez son canal de perception "préféré". Ainsi, s'il est plutôt visuel, il utilisera fréquemment des expressions imagées, telles que "je vois ce que tu veux dire". Auditif, il usera souvent de mots ou de métaphores liées à l'écoute : "ce dossier ne me dit rien qui vaille". Plutôt kinesthésique, il décrira sa pensée en l'associant, par exemple, au toucher : "lorsqu'il a annoncé cette décision, j'ai été frappé de stupeur". Tandis que, plus sensible aux odeurs, il annoncera : "je sens qu'il se trame quelque chose".

 

➜ Quel comportement adopter ? 

Établissez une sorte de connivence implicite avec votre vis-à-vis en synchronisant vos rythmes avec les siens (débit de parole, lenteur ou vivacité corporelle). Faites de même avec la symétrie gestuelle : même types de gestes, même amplitude (croiser les jambes / toucher son visage, s'asseoir ou se lever, bouger ou rester immobile, pencher la tête de côté, changer de posture, se tenir en retrait / penché vers l'avant, se redresser sur sa chaise / pencher le buste...).

Attention toutefois à ne pas le "singer" au risque de le destabiliser.

 

➜ Quelle expression, quel regard, quelle voix ? 

Vous l'avez compris, tout dans votre comportement doit encourager à la parole. Votre visage sera avenant et cordial, votre regard compréhensif et bienveillant, votre voix chaleureuse et articulée.

 

 

➜ Remerciez votre interlocuteur

Pour mettre un terme à la conversation, surtout si vous avez affaire à une "pipelette" qui menace de ne plus s'arrêter, annoncez clairement votre intention de clore l'échange. Veillez néanmoins à adapter votre comportement à votre interlocuteur. Levez-vous en indiquant "Bon ! Tout ceci est très intéressant, il faudra en reparler à l'occasion".

 

➜ Si vous êtes en présence d'une personne plutôt réservée

Soyez extrêmement attentif aux subtiles manifestations du désir de cesser de parler ou aux réticences liées à la timidité : regard gêné, voix inaudible, parole "hachée", corps en retrait. Remerciez-la de la confiance qu'elle vous a témoignée, elle appréciera votre discrétion. 

 

Écoutez les silences... Comme en musique, le silence fait partie du langage et peut en dire long à qui sait l'entendre. Synonyme d'intimité ou de communion, mais aussi de malaise ou de méfiance, c'est le contexte et la qualité de la relation qui permettent de le décoder.