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E-learning, de qui se MOOC-t-on ?

David Keller
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Publié le 03/06/2019
De grands perspectivistes prophétisaient la disparition des formations à l’ancienne… Des espoirs déçus comme base d’un nouveau départ ?

En termes de formation professionnelle, les lendemains qui chantent étaient de forme rectangulaire, celle d’un écran… C’était dans les années 2000. Si on pouvait apprendre à faire des cupcakes grâce à ce qu’on n’appelait pas encore un « tuto » déniché sur une plateforme vidéo, alors pourquoi pas des tableaux croisés dynamiques Excel à partir de données Access ? En 2008, changement de braquet : les MOOC (massive open online course ou formation en ligne ouverte à tous) naissent aux États-Unis et débarquent dans l’espace francophone 3 ou 4 ans plus tard.

Les cours en ligne ont initialement suscité un grand espoir aussi bien auprès des apprenants que des profs et des institutions éducatives. Les apprenants pourraient accéder avec facilité à des contenus originaux, ciblés et de grande qualité dans le but d’acquérir des compétences précises, à un rythme pouvant s’adapter à leurs besoins par le biais de plateformes appropriées. Les enseignants pourraient utiliser ces mêmes plateformes pour transmettre le contenu de leurs réflexions à davantage d’apprenants. 

Les institutions, quant à elles, pourraient faire grandir leurs marques, leur notoriété et, peut-être un jour, leurs revenus grâce à cette nouvelle manière de faire cours.

Sept ans plus tard, ces belles perspectives s’apparentent à de doux rêves. Un chiffre suffit à appréhender la situation : les plus prestigieux des MOOC ne réussissent à retenir que 5 % de leurs apprenants jusqu’au bout de leur cursus. 50 % des « survivants » considèrent ne pas avoir appris grand-chose à l’issue du cursus.

 

➜ Plus court, moins cours

En cause : des contenus consistant en des cours filmés, comme si vous étiez en formation classique mais sans l’échange avec l’enseignant, encore moins les autres stagiaires… Un modèle peu participatif, peu collaboratif, peu flexible, peu personnalisé… En résumé, dépourvu de tout ce qui fait la valeur ajoutée des NTIC. Reste qu’une question se pose : pourquoi ça marchait pour mon tuto Cupcakes ? Parce que le contenu était adapté à Internet ! Des films courts, avec une bonne résolution, une post-production costaude… Est-ce que ça pourrait marcher pour des apprentissages plus ambitieux ? L’exemple des conférences TedX, des documentaires de chaînes spécialisées, des émissions consacrées à décrypter certains phénomènes scientifiques, voire des dessins animés pédagogiques est inspirant car ces formats ont rencontré leur public. Point commun : ceux qui les ont pensés sont issus du monde de l’audiovisuel, pas de l’univers académique. Ce constat d’échec est fait depuis un certain temps. La réaction des acteurs de l’Internet (car ils sont agiles et réactifs) ne va pas tarder à arriver. Peut être l’appellera-t-on de ce terme qui tend déjà à ringardiser celui d’e-learning : le digital learning…

C’est en tout cas en réaction contre ces griefs que Kokoroe, une start-up française, réussit à gagner de l’argent (c’est rare !) en mettant à disposition des cours en ligne avec un modèle économique différent (un système d’abonnement) et des contenus plus courts, plus ludiques… Les choses bougent, donc. Mais les apprenants se retrouveront encore quelques années au moins en classe devant un enseignant. Pas grave : à la pause, il y a du café et des croissants.